17 janvier 2007

*Je suis dans mes joues*

*Etre dans ses joues*. C'était la pose favorite de Djou, lorsqu'elle réfléchissait.
Assise sur son petit derrière, sa longue queue touffue balayant le sol d'un mouvement lent, les yeux à demi fermés mais-pas-trop. Réflexion et concentration. "Si je regarde la porte suffisamment longtemps, elle va bien finir par s'ouvrir". Adaptable à diverses variantes : si je me concentre sur (ma gamelle) (mon eau) (mon jouet) (mon humaine), il va bien finir par se passer quelque chose.
Et elle avait parfaitement compris l'essentiel, la petite Djou.
Effectivement, il finissait toujours par se passer quelque chose.
L'humaine venait toujours à la rescousse de son petit chat. Mais pour Djou, c'était la magie de son regard qui restait infaillible.
Et ce regard magique, il fonctionnait toujours.
Que les humains s'absentent, laissant trainer une salade de betteraves, une glace à la vanille, un steak...
Lorsqu'ils revenaient, et qu'ils trouvaient Toute-Petite pourléchant ses babines violettes,  lissant ses jolies pattes couvertes de glace, s'essuyant les moustaches... Un seul regard. Et ils fondaient.
Et même, lorsqu'à 3 mois, Mademoiselle volait une baguette et que les humains voyaient passer un tout petit bout de chat qui trainait une immense baguette de pain... Ils ne l'ont jamais grondée. Le regard, encore !
Et mieux encore : en se concentrant bien fort, en faisant bouger les humains, on peut même créer des ombres chinoises sur les murs. Et s'amuser à sauter dessus. Le meilleur des jeux !

Sa Deux-Pattes, Djou la menait par le bout du nez.
"Non, tu ne sortiras pas ce soir !"
"Non, je ne sortirai pas... Mais c'est LUI qui viendra, alors."
Et la Deux-Pattes, réveillée en sursaut par les ébats des amoureux sur le lit... Et bien, elle n'avait plus le choix.
Si, celui de choyer les chatons, ensuite.
Djou avait une conception de l'éducation du chaton parfois assez curieuse, d'ailleurs. Le petit Gio a découvert la viande hachée au sommet d'un plat de spaghettis bolognaise, où il vait été déposé par sa maman-chat attentionnée. Elle pensait également qu'un chaton bien élevé devait savoir apprécier les bains. Et donc, hop, dans la douche !

La Deux-Pattes, c'était aussi synonyme de grand confort.
Quand elle travaille, on peut se mettre sur ses genoux.
Quand on a assez dormi, on peut sauter sur son bureau, et jouer avec ses doigts. Elle tape sur son clavier, ça fait de drôles de "clic, clic", les doigts courent et on peut les attrapper.
Quand elle dort, on peut se lover, se rouler en boule près de sa tête. Et même profiter des couvertures.
Quand elle regarde la télé, on peut s'installer confortablement. Et la télé, c'est assez marrant pour nous, les chats. Toujours des choses qui bougent, de drôles de bruits... Il y avait une voix qui mettait Djou dans tous ses états, depuis ses deux mois. J'ai toujours trouvé ça surprenant, et ça m'a toujours fait rire. C'était la voix de Johnny Depp (Mademoiselle n'avait pas mauvais goût).
Quand la Deux-Pattes venait à la maison avec sa jument, Djou en profitait encore. Je descendais de cheval pour boire, et Djou sautait sur la selle. Un peu de sport, entre une chasse au lézard, un plongeon dans la rivière à la poursuite d'un rayon de soleil sur l'eau, un jeu avec un autre chat et une séance de caresses...
Mais le plus agréable, avec sa Deux-Pattes, reste de se mettre entre elle et, au choix, son écran/la télé/son livre, et de la contempler. Parce que dans ces cas là, Djou était certains de finir pelotonnée sur mes genoux, un doigt grattant sous le menton, là où c'est tellement bon.

Lorsque le Deux-Pattes est arrivé, il a fallu le charmer. Rien n'était trop beau pour lui : regards adorateurs, ronronnements à se pâmer... Et le charme a opéré. Djou avait un fan supplémentaire.
Toute-Petite avait mis au point une technique d'approche de l'humain en général,qui a fait fondre tous ceux sur qui elle l'a exercée. La technique consiste à se mettre debout sur les pattes arrière, et à attrapper le visage de l'humain entre les deux pattes avant, pattes de velours bien sur, puis, selon l'inspiration du moment, frotter son front sur ce visage, ou le lécher doucement. Avec, encore, le regard... Djou avait aussi appris à faire des bisous. Au mot, elle venait, et vous léchait doucement.

Mademoiselle Arjuna était une séductrice.  Un caractère de star, également. Des demandes parfois qui ne toléraient ni retard, ni refus. Et capable de représailles diverses à sa mesure. Mademoiselle faisait la loi. Yop, bien que 5 fois plus gros qu'elle, en faisait régulièrement les frais.
"Tu iras manger quen JE l'aurai décidé", lui faisait-elle comprendre. Et elle se plantait devant la gamelle du pauvre Yop, qui n'osait piper aboiement. De temps en temps, considérant qu'elle devait remettre le canidé à sa place lorsqu'elle se trouvait sur le canapé, elle lui claquait la truffe avec la patte.

Mais Yop et Djou, c'est aussi une histoire d'amitié et de complicité.
L'union fait la force, et ils l'avaient fort bien compris.
Un cake posé sur le frigo, trop haut pour Yop ? Qu'à celà ne tienne. Djou prenait sa part, perchée tout en haut, puis d'un coup de patte faisait tomber l'objet du délit par terre, où Yop pouvait se régaler à loisir.
Un pigeon sur la fenêtre ? Djou, bonne chasseresse, l'attrapait d'une griffe, jouait un peu avec puis l'abandonnait à Yop. Ce qui, souvent, se soldait en poursuite surréaliste : Djou (ou Yop), pigeon dans la gueule, suivi de Yop (ou Djou) attendant son tour, et fermant la marche, moi, essayant d'attrapper l'un des compères pour lui faire lâcher sa proie.
Et l'union, c'est aussi très agréable en milieu pas-très-sympa, comme la voiture. Où il est bien plus confortable de voyager lovée entre les pattes de "son" chien, plutôt que coincée dans un panier de transport.
En voyage, Mademoiselle était aussi une exploratrice.
"Je suis chez moi partout où se trouve ma Deux-Pattes".
La maison aux fenêtres ouvertes, au bord de la route où la voiture de ma Deux-Pattes est coincée dans un embouteillage est donc la mienne, puisque ma Deux Pattes est là. Allons donc y faire un petit tour ! Et tant pis si elle perd une heure à me retrouver. Je suis sa Djou, et elle ne me laissera pas tomber. Elle avait raison : je ne l'ai jamais laissée tomber. Et elle a toujours été là.

Je pourrai écrire des pages et des pages sur Djou... Sur mon petit bout de chat qui s'est endormie pour toujours cette nuit. J'ai eu la chance de lui dire au revoir, j'ai pu la remercier pour ces 15 ans passés à ses côtés. Une page se tourne.
Djou repose maintenant près des chevaux, et un petit rosier viendra la rejoindre demain. Il me rappellera ma Toute-Petite. J'ai essayé de lui faire une jolie vie, aussi jolie que celle qu'elle m'a donnée. 
Il n'y a plus de boule de poils roulée en boule sur mes genoux.
Il n'y a plus de miaulements impérieux, puis tendres, puis suppliants.
Il n'y a plus de Djou dans-ses-joues en haut de l'escalier.
Il n'y a plus de petite ombre claire qui passe, sans bruit, d'une pièce à l'autre.
Il ne reste plus qu'une étoile.

arjuna

Posté par mybridgetdiary à 06:44 PM - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur *Je suis dans mes joues*

    ...

    J'en ai les larmes aux yeux et une enorme boule dans la gorge... magnifique hommage a ta petite boule d'amour, Delphi. Et tu n'as pas a t'inquieter, elle aura vraiment eu une belle vie la petite Djou.

    Posté par Nini, 06 février 2007 à 10:42 PM | | Répondre
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