03 février 2006
Allez, Go Go Go !
"Allez, go, go go !!!"
C'est le rire de Noa, tous les vendredi matins. Noa a une dizaine d'année, elle est handicapée. Noa, c'est un sourire, un rire même, un petit rayon de soleil dans une journée grise. Elle ne marche pas, a du mal à parler, à se tenir droite, mais sourit de tout son être quand elle arrive au poney. Toujours prête à faire l'effort que l'on attend d'elle. Oh, pas grand chose pour nous, valides ... Juste se tenir droite sur le dos du poney, pouvoir s'asseoir comme nous, cavaliers inconscients de nos privilèges. Alors, avec Noa, on joue : on dort tranquillement sur le dos de Pouic, puis on se réveille : le réveil a sonné, Nono, debout ! Il est temps de partir faire les courses. après, quand on sera rentrés, tu pourras faire une sieste. Et pendant son quart d'heure, Noa donne, prend sur elle, travaille ... et rit, sans arrêt. En ponctuant nos allées et venues de "Encore!" et de "Go go go!" quand j'arrête Pouic.
Puis c'est au tour de Lucas. "Allez Lucas!" crie Noa. Lucas ne sait pas, son regard ne se fixe pas, il hésite ... Il a du mal à marcher, n'a que peu d'équilibre, parle très difficilement ... "Lucas, tu veux aller vite ? Dis moi, oui ou non ?" Ondéchiffre un "D'accord" timide, et c'est parti. Lucas, ce qu'il doit travailler, c'est la tonicité de son dos, son équilibre, sa confiance. Alors, mon Pouic, allons-y. On marche deux foulées, on s'arrête. On repart. On s'arrête. Et hop, au trot, deux foulées. Et on s'arrête. Puis on repart. Et on continue l'exercice ... Lucas rit aux éclats; on ne le tient presque pas et il garde son équilibre ... Allez Lucas, un grand tour au trot ! Et on tourne ! Dis, Lucas, on va faire un slalom dans la forêt ? Et nous voilà en train de tourner au ras des arbres, avec un petit bonhomme qui fait tout pour rester droit ...
Après Lucas, Melvin. Melvin qui vient caresser Pouic, s'appuie sur son encolure .. Melvin ne parle pas. Il voit très mal. Il marche mal aussi. Il y a à peine 6 mois, il refusait de toucher le poney. Il répugnait aussi à toucher le surfaix. Et maintenant, le voilà sur le poney, qui réclame d'avancer, de bouger, de trotter, qui se plie même au jeu du péage de l'autoroute pour le seul plaisir de trotter encore une fois. Son équilibre à poney est nettement affirmé; malheureusement les éducateurs sont nécessaires, car Melvin reste imprévisible. Mais aujourd'hui, lui ausi rit aux éclats, et c'est une vraie joie de l'entendre.
Petite chronique d'une équithérapeute en herbe ;-)
26 janvier 2006
Je pense, donc ... je suis ?
En vrac, petites réflexions du jour : la pédagogie par le jeu.
Je n'accroche pas. Et pourtant, pour les enfants à poney, impossible de la contourner à moins d'être chez soi, de décider soi même de son orientation d'apprentissage, bref d'être libre et indépendant, ce qui demande un certain background financier au départ, que je n'ai pas. Donc retour à la case départ.
Pourquoi je n'accroche pas ? Parce que j'ai l'impression que c'est fausser l'apprentissage du geste technique juste. Laisser au cavalier la latitude de découvrir par lui même le geste efficace, d'accord c'est intéressant. Mais dans une discipline aussi anti naturelle (posture, équilibre, etc ...) que l'équitation, malheureusement le geste efficace qui vient en premier lieu n'est pas forcément le geste juste pour la monture. Et d'autre part le cavalier pris par le jeu ne sera pas réceptif aux consignes techniques, justement parce qu'elles ne font pas encore partie des réponses acquises, ne sont pas automatisées et réclament donc une certaine attention de la part du joueur. Qui justement a cette attention focalisée sur le jeu ... Alors oui pour la mise en pratique d'une compétence apprise (par exemple, un flipper peut parfaitement mener à la réalisation d'un parcours pensé et bien mené, puisque de la bonne construction/des bons abords/etc dépend le score donc la victoire), mais non pour l'apprentissage en lui même.
Ensuite, je pense que l'enfant est parfaitement capable de se concentrer sur un apprentissage technique et purement technique à condition qu'on prenne en compte sa capacité et son temps de concentration. Bref qu'on peut parfaitement débuter la séance par un temps d'apprentissage directif puis de mettre en pratique lors d'un jeu. Plutot que d'inclure l'apprentissage dans le jeu lui même.
Et puis certaines compétences sont quasi impossibles à apprendre hors apprentissage directif ... le trot enlevé par exemple.
Il y a aussi autre chose qui me gène.
Souvent, je vois certains enseignants laisser les enfants agir un peu à leur guise puis, passé un certain niveau et/ou un certain âge, se mettre à les reprendre sur la manière dont ils utilisent leurs aides. Où donc est la logique là dedans ? Pourquoi laisser l'enfant prendre certaines habitudes si c'est pour le déprogrammer ensuite ? N'aurait-il pas été plus simple de commencer par lui faire sentir (à son niveau, en tenant compte de ses capacités motrices et mentales, et en anticipant une progression) le geste approprié ? C'est une question que je me suis souvent posée ...
Je sais que cette question a été largement réfléchie et codifiée par des spécialistes, et des gens largement plus compétents que moi, et je ne prétends pas *réinventer l'eau chaude*. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser moi aussi ;-), et je me demande réellement si cette forme de pédagogie a été mise en place dans le sens d'un apprentissage plus efficace et performant : pour ce qui me concerne, je me demande si elle ne résulte pas plutot d'une adaptation pour suivre le courant de la *civilisation du loisir* ?

