01 mars 2006
Marsu's Story, part Five (Décisions et conséquences)
La nouvelle année commence plutôt mal.
Marsu présente des marques de blessures sur les flancs.
Il vit, le jour, dans un pré de garrigue, parsemé de buissons épineux : il doit se balader entre les buissons, et se blesser comme ça ... Mais quand même, à sang, et avec des gonfles, c'est étrange.
Une cavalière de l'écurie me confirme ce que je sais déjà (je le sens, j'en suis sûre) : Marsu s'auto-mutile, se mord les flancs jusqu'au sang. J'en suis malade pour lui. Je l'observe et je le vois faire ... j'en pleure.
Bien sûr, le vétérinaire est aussitôt appelé : pour lui, rien de particulier qui pourrait justifier un tel comportement (pas de douleur abdominale, rien de décelable). Il me conseille de castrer.
Je ne réfléchis pas longtemps : 10 minutes plus tard, je le rappelle; rendez-vous est pris en clinique. A l'écurie, les gérants refusent d'assumer la période de soins (et je les comprends).
Fin février donc, Marsu part en clinique.
Le jour même de sa castration, encore sous morphine, cinq minutes après l'opération (castration ouverte), il saute de pied ferme la porte de son box, ayant vu un autre entier passer devant. Il se déchire un peu plus les chairs et fait une hémorragie.
après deux semaines à la clinique, nous le ramenons chez lui. Il a une couverture antibiotique.
C'est le début de 6 mois de galère .... Le premier qui me dit que la castration est une opération bénigne, je le pends par les pieds jusqu'à ce que mort s'ensuive !
Marsu fait une funiculite, puis une allergie à l'antibiotique, puis une allergie au produit censé remplacer l'antibiotique. J'ai failli le perdre au moins 10 fois. Tous les jours, pendant 4 mois, il faut matin et soir rouvrir ses plaies, les désinfecter, doucher 15 minutes, puis pratiquer deux injections, une en IM et une en IV. Le cheval n'en peut plus !
C'est à la suite de la castration que le vétérinaire a émis une hypothèse intéressante et plausible : d'après lui, Marsu aurait eu une inflammation chronique du cordon testiculaire. De ce fait, toute excitation devenait source de douleur, ce qui rendait le cheval comme fou. Cette hypothèse sera confirmée par l'ostéo qui suit Marsu. Et d'un ostéo, il a bien besoin : à la suite de la funiculite, il a compensé et est complètement déséquilibré dans son arrière main.
Enfin, en septembre, Marsu est déclaré physiquement bon pour le service. Nous reprenons donc doucement le travail.
Mais le cheval en a décidé autrement : il est devenu complètement rétif. Il traverse main et jambe, ne répond à rien, n'écoute rien ... plus aucun contrôle. Trois mois passent, je travaille, les résultats sont inégaux, ça se dégrade. J'aurai bien besoin d'un guide, mais je suis seule. Marsu est toujours très agressif et délicat. Des années d'un comportement donné, ça ne s'efface pas aussi facilement.
Et un beau jour, après avoir traversé la carrière à fond, passé sans l'avoir vraiment souhaité la lice de la carrière, et atterri dans un paddock (celui de l'autre entier), je décide que ça suffit.
Soit je trouve quelqu'un qui m'aide, soit le cheval va couler des jours tranquilles au pré pour le restant de sa vie. Moi, j'ai atteint ma limite, je ne peux plus y arriver toute seule ...
Le reste, vous le connaissez. J'ai fait confiance à ma prof, qui m'a énormément aidée, nous a permis de reprendre confiance l'un et l'autre. Et pour ça je ne la remercierai jamais assez !
Il y a maintenant un peu plus d'un an que nous travaillons ensemble. Et quand je vois le résultat ... je suis vraiment heureuse.
On entame notre première saison de concours.
On peut sortir et nous promener. Et avec un autre cheval.
On peut travailler avec d'autres chevaux.
On progresse, on avance. Epaules en dedans, appuyers, début de ferme à ferme ...
Toute une somme de petites victoires ... et le meilleur est encore devant nous ;-)
28 février 2006
Marsu's Story, part Four (l'An III du Marsu)
L'année noire. La pire de toutes, celle de tous les doutes et de toutes les peurs.
Dans la même année, on cumulera, au total, 6 mois d'arrêt du cheval. Quatre mois pour cette fichue piro qui semble ne pas vouloir nous lâcher; deux mois pour des conséquences directes ou indirectes de cette s*aloperie.
Entre les périodes d'arrêt, on continue à essayer de travailler.
Mais c'est de plus en plus difficile : Marsu a pris énormément de carafon, et les réserves sur l'impossibilité/la mauvaise volonté sont toujours applicables.
De plus, il est de plus en plus agressif avec les autres chevaux, et sans raison apparente. Avec les humains, on ne peut pas dire qu'il soit sympa; le voir avec les oreilles en avant, c'est aussi fréquent que la neige en juillet ! Mais avec moi, en revanche, il reste sympa et respectueux. Il me faut souvent le rappeler à l'ordre, certes; mais bon, il se rend en général sans trop discuter à mes raisons ;-)
Donc, au travail, je prends des cours avec un moniteur indépendant qui vient à l'écurie. On saute, on dresse : Marsu a de jolies allures, un bon geste à l'obstacle; on sort en trotting avec P. qui nous suit en vélo.
Mais qu'on vienne à croiser un autre équidé, et c'est la catastrophe : Marsu attaque, et là, je ne peux pas faire grand chose. D'ailleurs, avec moi il est relativement aux ordres (je dis bien *relativement* : que l'autre s'approche et je ne le tiens plus, il est comme fou).
P. entreprend donc de vouloir le désensibiliser à la présence d'autres équidés, et organise une séance que je trouve stupide ... mais je n'ose pas lui demander de ne pas le faire. Ma fichue timidité ! Et c'est comme ça que Marsu a croqué son premier steak de viande humaine.
P. demande à une cavalière de se tenir, avec son cheval, le long de la lice de la carrière, côté extérieur. Et moi, je dois passer et repasser devant lui, puis doubler face à lui, en gardant le Marsu dans mes aides. Je trouve ça idiot, je ne tiens plus le cheval qui se jette sur la barrière. On manque de se retourner plusieurs fois.
P. décide alors que lui y réussira mieux que moi. Soit, il est plus expérimenté et meilleur cavalier.
A peine est il en selle que Marsu se retourne, et lui mord la jambe au sang. Pas grand chose, sauf qu'il portait de belles chaps en cuir ;op
P. met pied à terre, Marsu a appris qu'il était le plus fort.
Quelques temps après, D. , mon maréchal-ferrant, vient me trouver pour m'expliquer que certains chevaux doivent être abattus sans plus d'égard, sont dangereux et ne méritent pas qu'on leur accorde une quelconque attention. Pour conclure sur un "ton cheval, il serait à moi, je le mettrai au couteau. Fou dangereux".
Ce que le cheval a fait, je l'ignore; je sais que dorénavant D. ne voudra plus avoir affaire à lui hors de ma présence, et qu'il ne lui touchera plus jamais les postérieurs. Un changement s'impose, mais deux mois s'écoulent avant que les MF aient fini les rites de passation de client et autres salamalecs.
Et enfin, c'est l'accident qui sera le déclencheur des évènements suivants.
Re situons d'abord les choses.
Marsu est logé dans un box à l'intérieur d'un bâtiment. Au milieu de 9 autres chevaux, dont 7 juments. Son box est au fond, il me faut traverser le couloir des filles pour rentrer.
Lorsqu'il sort au pré (donc quotidiennement), il n'a pas de pâture attribuée. Et le plus souvent, il est en bout de rangée; il faut pour rentrer remonter sur notre gauche une pâture toute en longueur, où est parqué un autre entier, et sur la droite, plusieurs pâtures où logent quelques jolies filles. Le chemin est étroit, impossible d'y faire tourner un cheval.
Au box, il est hystérique; d'autant plus qu'un gnome ignominieux s'amuse à lui mettre sa jument en chaleur sous le nez.
Cet idiot trouve ça drôle ...
Au pré, je réclame depuis un moment de ne pas avoir à remonter ce chemin, compte tenu de l'agressivité du cheval. Mais je suis celle qui le rentre tous les soirs, et il est sorti en premier tous les matins ... Alors, on ne m'écoute pas : si on ne voit pas le problème, c'est que le problème n'existe pas.
Un jour de mai donc, j'arrive et vais chercher Marsu au pré. Je lui passe le licol, il se cabre une fois, puis deux; qu'à cela ne tienne, on y va.
A peine dans le chemin, le cheval se rebelle : debout, antérieurs qui boxent, bouche ouverte comme un four, dents en avant, j'ai juste le temps de protéger mon visage et de me jeter par terre. Il ne m'aura fait qu'un trou au bras.
Je remets le cheval au pré et pars, écoeurée.
Le lendemain, lorsque j'arrive à l'écurie, je vois le gérant arriver, un bras en écharpe. Et le cheval couvert de traces de coups, de marques bizarres. Et j'apprends ce qui s'est passé.
Le gérant est allé chercher Marsu. Et Marsu l'a attaqué, dans le chemin. Il s'est jeté sur lui, par derrière; ils ont roulé-boulé sur une vingtaine de mètres. Ma future prof, femme du gérant, blessée à la suite d'une chute avec son poulain, est alors arrivée, avec ses béquilles, a relevé son mari et attrappé le cheval, qu'elle a largement corrigé. Je ne peux pas lui en vouloir de ça, elle a du avoir très peur et c'est humain ...
Je suis atterrée.
Mais au moins, cet accident aura ouvert le dialogue, et nous décidons ensemble de faire face, et de recadrer le cheval.
Je songe à partir, je retiens même une place ailleurs - j'aurai parfaitement compris qu'on me demande de m'en aller, après ce qui s'était passé-. Mais non, ils me retiennent.
Nous décidons alors de cadrer la bête. Plus personne n'a le droit ne serait ce que de toucher le cheval. On programme un changement de box, dans une allée où il ne croiserait personne (voisins, mais pas de face à face). On lui attribue un paddock en entrée de rangée. On s'organise pour les sorties, que nul autre que nous 3 n'ait à le manipuler. Bon, ça a quelques inconvénients en cas d'absence des gérants, mais au moins je sais qu'on fait attention au cheval.
Marsu est cadré, mais est toujours agressif. Et sa santé ne s'arrange pas, il est toujours aussi fragile.
Le moniteur avec qui j'avais travaillé un temps est parti, c'est maintenant avec ma prof actuelle que je prends des cours, lorsque l'état de Marsu nous le permet.
L'année s'achève sur une impression mi-figue mi-raisin : rien n'avance ....
27 février 2006
Marsu's Story, part Three (l'An II du Marsu)
L'animal a repris du poil de la bête. C'est l'année de ses 4 ans, il grandit et tient à ce que tout le monde le sache.
Marsu prend possession des lieux, s'affirme.
Il revit, bouge enfin dans son pré, claironne sa présence à tout va, passe debout devant les autres (et oui, au cas où ils ne l''auraient pas remarqué ;o) ).
Malheureusement, la piroplasmose est toujours là.
Parce que la piro refrappe. Et plus fort encore. Et là, ce sont 5 mois d'arrêt qu'il faudra aligner. Avec toutes les variantes possibles : des oedèmes à l'encolure si énormes qu'il faudra trouver un système pour le foin de ce pauvre Marsu qui ne peut plus baisser la tête et a du mal à mastiquer, des engorgements aux membres qui ne diminuent pas, des réactions aux injections diverses, des globules rouges qui ne veulent pas remonter ...
Sans parler d'un comportement étrange vis à vis des autres chevaux. Petit à petit, leur seule vue le met dans des colères noires. Jument, hongre, poney, gris, bai, alezan, jeune, vieux ... rien n'y fait, il veut tous les tuer. Il rentre dans son box en traversant la cour sur deux pattes, oreilles plaquées et gueule ouverte. Magnifique mais impressionnant !
Quant au travail : comment travailler quand sans arrêt un souci de santé vient interrompre a progression ?
Une semaine travail, dix jours d'arrêt, un mois de travail, quinze jours d'arrêt ... Catastrophique pour un jeune cheval. Rien n'a le temps de s'ancrer vraiment, de s'assimiler. On n'avance pas.
Et il faut être extrêmement attentif au moindre signe physique, à la moindre faiblesse : en cas de doute, ne pas trop insister, *au cas où* ce serait dû non pas à une mauvaise volonté mais à une impossibilité de faire (insister sur une impossibilité, meilleure façon de braquer le cheval; mais ne pas insister sur de la mauvaise volonté, meilleur moyen de lui apprendre à ne pas faire). Comment se dépétrer de ce problème cornélien ?
Mais ces soins à répétition ont tout de même un aspect positif : une relation de confiance entre Marsu et moi. Et ça, c'est sans prix.
Marsu's Story, part Two (l'An I du Marsu)

Il est là. Pas en forme, mais il est là. Encore une tête de bébé; il vient tout juste de prendre 3 ans. Et il est tout perdu, les premiers jours. Complètement abattu; quand on le lâche, il ne bouge pas. Son regard est vide et éteint. Bref, il ne va pas bien, ce bébé cheval.
Cette première année se déroule, comme les deux suivantes, sous le signe de l'inconstance.
Un début de travail : Marsu tourne en longe, accepte la selle et le cavalier; mais refait une nouvelle crise de piroplasmose qui, cette fois-ci, est bien plus importante.
De réaction aux traitements en allergies et oedèmes divers, il faut 4 mois pour le retaper. Quatre mois de repos total pendant lesquels on ne peut envisager aucun travail.
Il ne travaille donc que peu cette première année, sa santé ne permet aucun suivi dans l'apprentissage. Or un suivi du travail est essentiel pour un apprentissage réussi chez un poulain. Pour tous ceux qui ne savent pas voir, Marsu est un poulain très calme et froid. Pour les autres, c'est un poulain mal dans ses fers ...
24 février 2006
Marsu's Story, part One (rencontre)
Je n'ai jamais raconté l'histoire de Marsu.
Pourtant, on a traversé des années noires, croisé quelques démons, évité bien des écueils et pris quelques claques, lui et moi. Et connu des moments qui en valaient vraiment la peine ;-)
Mais il n'est pas trop tard ... oubli bientôt réparé.
Aout 2000. Je vis à Paris, travaille dans une agence de communication, ne monte plus à cheval car j'ai dû me séparer de ma jument naviculaire, et je déprime. Une idée fixe : repartir dans mon Sud. Et c'est lors de mon premier jour de vacances, au soleil sur un rocher dans les gorges de l'Hérault, qu'après réflexion ... la décision est prise, je vais partir à Montpellier. Et bien sûr qui dit retour au Sud dit aussi nouveau cheval ... c'est compris dans le contrat ! Inutile de dire que je suis folle de joie ;-)
Septembre 2000, retour à la vie parisienne. Il me faut trouver un boulot dans le Sud, et trouver celui qui partagera ma vie équestre. Double recherche qui prend pas mal de temps et d'énergie, mais motivante ;-)
Le boulot, je le trouve; pas super (il s'avèrera par la suite que je suis tombée sur des folles furieuses) mais j'ai pris mes précautions en créant mon entreprise individuelle et en préparant mon passage au statut de free-lance. Fermons la parenthèse.
Le cheval, je le cherche et recherche.
Et puis, un beau jour, je tombe sur une petite annonce du net. Un pur sang arabe, entier, prend 3 ans, non débourré, à confier dans un premier temps. Ses propriétaires qui sont aussi ses naisseurs ne montent pas à cheval, et souhaitent avant tout former un couple cheval-cavalier harmonieux, avec objectif sportif, mais pas au détriment du rythme et de l'équilibre du cheval.
J'appelle donc Béatrice, la naisseuse de Marsu. Je m'en souviens encore; c'était en novembre, et je promenais mon chien sous une pluie fine, dans la nuit. Le cheval est dans le Tarn, et doit être remonté dans le Nord (le grand nord pour moi, vers Amiens). Je pourrai donc aller le voir ... En attendant, je reçois une copie de ses origines, et deux photos, l'une d'un poulain alezan à l'air très décidé, bien campé sur ses longues jambes, et l'autre que vous connaissez, celle des cerisiers. Et quinze jours plus tard, je monte dans ma petite voiture pour prendre l'autoroute et aller faire la connaissance du cheval.
Je me perds, bien sûr, et finis par débarquer dans une ferme. Le maître des lieux me conduit vers une immense stabulation où se trouvent deux gris. Les deux frères, entiers tous les deux. Il me désigne celui qui m'intéresse, et le sort de la stabulation. A peine sorti, le cheval se lève. Il traverse la cour sur les postérieurs, ça promet ! Puis il le lâche dans une carrière, et entreprend de le tourner en liberté, afin que je voie comment il se déplace. Et il se déplace, le bougre ! Un trot de métronome, une bonne amplitude des postérieurs, un jarret qui vient bien dessous, des épaules déliées, un dos qui fonctionne, une bonne sortie et une bonne orientation d'encolure ... j'adore ;-)
Je récupère le cheval, et entreprends de le manipuler. Pas de soucis, il se laisse tripoter. Un bon point !
Et enfin, il le lâche dans un pré qui en jouxte un autre; seule une haie les sépare. Et là, je vois le cheval se transformer en fauve : il a repéré un autre cheval dans le pré voisin, et n'a plus qu'une idée en tête : traverser la haie. Il n'a pas l'air aimable, juste à ce moment là. Nous nous mettons à quatre pour lui faire oublier cette lubie et le rentrer. Marsu était déjà Marsu :-)
Quand le maître des lieux m'a demandé si le cheval me plaisait ... je n'ai pas hésité une seconde. Pas de délai de réflexion, je suis conquise. Oui, oui et oui !
J'ai pris le chemin du retour,avec déjà des images plein la tête, des projets, bref vraiment contente ! Et je suis arrivée à un dîner de cavaliers, à moitié hystérique, la tête pleine de ma découverte du jour. Mais bon, personne ne m'en a voulu ;-)

